SOCIETE

Commerce : Ventes à "tous" prix

Un phénomène de bonne santé économique bat son plein aujourd'hui dans tout Nouakchott.
Le très pop "miyé miyé" (100 UM) est en train de dépasser le simple cadre de boutiques disséminées à l'intérieur des marchés du 5ème et du 6ème arrondissements pour s'étendre aux autres "places fortes" du commerce nouakchottois, à savoir le Grand marché de la Capitale, le Marché du charbon, devenu le marché des produits alimentaires par excellence, et les autres marchés de la périphérie (Arafat, Toujounine, Teyaret).
Partout où vous passez, vos oreilles bourdonnent de cris et d'appels pour ne pas "rater l'occasion". Des chaussures, à l'origine douteuse, proposées à 1000 UM alors qu'elles coûteraient 4000 UM en "vente normale", des vêtements (chemises, robes, pantalons, tee-shirts, maillots, débardeurs, deux-pièces, bikinis, monokinis, tricots, chandails) venant de France ou d'ailleurs, usés à l'extrême ou en bon état, que l'heureux acquéreur utilisera comme bon lui semble, sont proposés à des prix homologués (100 ou même 40 UM).
Des parfums, des shampoings sans étiquettes (et parfois sans odeur) vendus à des prix qui font grincer les dents des vendeurs des produits de luxe ayant pignon sur rue au marché de la Capitale.
Pourtant, ce commerce ne semble déranger personne. Les Mairies et la police qui, habituellement, harcèlent ces commerçants de temps en temps pour les pousser à se fixer en louant des échoppes, semblent débordées à présent par ce phénomène qui prend une ampleur qui dépasse apparemment le simple cadre des ventes épisodiques à la veille des fêtes. Les vendeurs qui ne sont en fait que des sous-traitants écoulent ces marchandises dont ils ignorent jusqu'à l'origine.
Importateurs "informels"
Ce commerce qui concurrencent sérieusement les circuits d'importation habituels, même en étant salutaire pour les ménages pauvres, du point de vue prix, et pour l'emploi, constitue un énorme manque à gagner pour le fisc et pour les mairies. Il semblerait que derrière ce commerce se cacheraient des filières de petits importateurs qui, une fois la marchandise sur place se chargent de l'éparpiller pour en diminuer les frais de dédouanement.
Ils peuvent ainsi casser les prix et vendre facilement et rapidement. Aux dernières nouvelles, la douane et les impôts auraient réussi à démanteler quelques-unes de ces filières qui risquent, à la longue, de semer l'anarchie au lieu de déréguler le marché.
L'alimentaire pas concerné
Cette dérégulation des prix touche tous les produits à part ceux de l'alimentation générale qui ont plutôt tendance à monter.
Le riz, l'huile, le blé causent des frayeurs aux pères de familles qui ne savent plus où donner de la tête. Cette situation, qui voit les prix des produits alimentaires grimper au gré des commerçants, relèvent d'une tactique fort simple: tout ce qui est nécessaire est cher. Le consommateur n'a pas le choix, se dit le commerçant.
Cette filière n'accepte apparemment pas la concurrence. A croire qu'il y a une entente parfaite entre importateurs et distributeurs pour maintenir le cap.
Serait-ce parce qu'il s'agit de denrées périssables ou tout simplement parce que le consommateur est obligé de se démener pour manger? La libéralisation ne jouera vraiment à fond que quand les produits alimentaires pourront, eux aussi, être vendus à la criée (miyé miyé).
Sneiba

Ces taximen qui distribuent la mort
Le mardi dernier vers onze heures, une fillette de neuf ans est fauchée à mort par un taxi-course.
C'est une Mercedes 200 immatriculée 1174 AA06. Le chauffeur est saisie par une telle peur qu'il ne prend pas la peine de s'arrêter, pensant que la rue était vide et que, très probablement personne ne l'a vu.
Erreur. Un homme, à bord d'un autre taxi, avait bien suivi la scène et lance le chauffeur sur ses traces. Sans chercher à attirer l'attention du tueur de la fillette, il le prend en filature jusqu'à Arafat, premier arrêt du taximan qui croyait avoir échappé belle à tout témoin. Sans quitter le véhicule où il se trouvait, le témoin s'adressa au tueur de la fillette en lui disant qu'il aurait dû prendre la peine d'avertir la police ou de chercher les parents de la victime qui ne doivent pas être loin du lieu de l'accident. Saisi d'une nouvelle peur qui le laissa sans voix, "le taximan-tueur" démarra sa voiture sur les chapeaux de roues vers une autre destination.
Mais cette fois, le témoin avait, en plus de l'immatriculation du véhicule, pris le soin de noter dans sa mémoire le signalement du taximan qu'il alla donner aux policiers du commissariat spécial de la voie publique. Depuis lors, une course-poursuite est lancée pour retrouver le "tueur en cavale", qui ne sera arrêté que le mercredi à 10 heures au carrefour "Nancy-Tiviski", alors qu'il avait caché les plaques d'immatriculation de sa voiture en les entachant de graisse et de sable pour qu'elles soient illisibles. Mais la vigilance de la police ne sera pas trahie par cette manœuvre: de la plaque avant restait le "1" et de la plaque arrière restait le "6".
Or l'immatriculation du véhicule recherché (1174AA06) commençait par le "1" et finissait par un "6". Rapidement fait, le nettoyage des plaques confirmera les doutes des policiers qui emmenèrent le tueur au commissariat où il nia être le chauffeur titulaire du véhicule. Mais le propriétaire est convoqué pour confirmer qu'il était bien le chauffeur de son taxi et qu'il n'en employait pas d'autre. Il continua de nier quand vînt le témoin oculaire du drame qui avait donné son signalement et lui refroidit la mémoire l’injuria avant de partir.
Pourtant, le véhicule est assuré, le permis du "taximan-tueur" est en règle et il aurait pu ne pas prendre la fuite, étant donné que c'est l'assureur, AGM, qui prendra en charge les dégâts corporels et matériels constatés par la police et les agents de l'assurance.
Seulement Nagi, c'est le nom du "taximan-tueur", avait mal agi en prenant la fuite. C'est pourquoi, il a été déféré au tribunal pour homicide involontaire avec situation aggravante. La loi prévoit un emprisonnement de un à cinq ans pour un tel délit.
Bahaida Ould Ghoulam

Le cinéma à Nouakchott : Détrôné par les autres mass-média
Les salles de cinéma commencent à disparaître les unes après les autres. El Mouna, Lansar, Saada, Mina El Ven, Lajouade, toutes y sont passées appauvrissant le paysage cinématographique de Nouakchott. Actuellement, il se réduit à deux salles : Oasis et Galaxie. Au grand dam de la deuxième génération des Nouakchottois qui avait vécu avec ce cinéma. Elle a été longtemps bercée par les chansons hindoues et autres génériques qui ont rythmé son évolution. Tout comme les acteurs à l'instar de John Wayne, Bruce Lee, Amith Tabashan et Jim Clin qui ont marqué les esprits au point d'être imités. Chacun garde des souvenirs, une petite histoire individuelle qu'il a eu avec ce cinéma. Aujourd'hui, la fréquentation des salles de projection a baissé sensiblement. On parle de salles désertes et de désengouement. Certains prédisent la disparition qui donnera le coup de grâce au cinéma à Nouakchott. Par quoi s'explique cette situation à laquelle est arrivé notre cinéma?
Le premier homme qui a introduit le cinéma en Mauritanie, après l'indépendance, est Hamam Vall. Après sa mort, ses héritiers ont poursuivi son œuvre en développant le cinéma puisque plusieurs salles de projection verront le jour. Mais cela ne fera pas long feu car des difficultés commencent à paraître causées par une mauvaise gestion. Depuis lors, le glas a sonné annonçant le déclin du consortium de Hamam Vall. C'est ce que nous ont affirmé des employés du cinéma Oasis. Ces derniers ont travaillé avec cette famille qui détenait le monopole du cinéma en Mauritanie depuis les années 66. Ils attribuent les causes de cette banqueroute, outre la mauvaise gestion, à une absence de vision se projetant dans l'avenir. Car aucun investissement n'a été effectué dans les salles pour les adapter et faire qu'elles soient plus attrayantes pour les cinéphiles. En tout cas, l'état des lieux corrobore ces dires. Il y a une désolation totale qui règne. La poussière et les toiles d'araignée recouvrent tout. Les bandes de films dont les boîtes sont rouillées s'entassent les unes sur les autres dans un désordre criard et exposées à même le sol, laissées au gré du soleil et du vent. Les murs sont délabrés et la peinture a disparu par endroit. On dirait qu'ils sont livrés à l'abandon. Présentement la baisse de fréquentation de l'unique salle encore en activité appartenant aux héritiers Hamam, dirigé par sa fille Khady, d'après le portier, est dû au fait qu'il n'y a plus de nouveaux films qui sont projetés. Tous ceux qui sont présentés actuellement sont anciens et ont été vus et revus. Les films sont importés du Sénégal et il faut 200.000 UM pour l'unité. Visiblement, avoue-t-il, la propriétaire n'en dispose pas parce qu'il y a longtemps qu'on n'a pas renouvelé les films. Pour lui, il est certain que des films récents et d'actualité peuvent concilier des cinéphiles avec le 7ème art. Cet avis est partagé par Boubacar qui reconnaît être attiré par le cinéma qui est son passe temps favori. "Mais les films sont vieux et je les ai déjà vus. Ce qui fait que je pars chercher ailleurs", déclare-t-il.
Les concurrents
L'un des premiers adversaires sont les petites chambres qu'on trouve au détour d'une rue, dans les quartiers populaires comme Sebkha, El Mina, Teyarett ou la capitale. Ces "salles" proposent des projections de films vidéo défiant toute concurrence 30 UM, le prix de l'entrée. Ce qui ressort des déclarations de Fadel qui précise que ces salles ont l'avantage d'être proche de son lieu d'habitation. Donc, il n'a pas besoin de se déplacer et de payer le transport.
Pour le machiniste du cinéma Oasis, ce type d'endroit foisonne partout et constitue une concurrence déloyale. Pour Yeslem Ould Abdi, le cinéma n'est plus adapté à notre époque. Lui, il préfère visionner un film dans une vidéo à la maison comme ça il n'est pas dérangé par les cris ou les déplacements continus des spectateurs. D'ailleurs, il projète de s'équiper d'un téléviseur intégrant le DVD et il aura aussi bien la qualité que la tranquillité.On constate l'apparition ça et là de salle de DVD où on peut visionner, par le biais d'un ordinateur, de films.
Ce genre d'endroit est fréquenté par Sy Ousmane qui met l'accent sur la nouveauté des films et le confort que cela lui procure.
Autres moyens qui détournent du cinéma, c'est la télévision. Pour Abdel Kader, depuis qu'ils ont la parabole numérique, il a l'impression de détenir le monde entre ses mains. "Plus rien ne me préoccupe. Le cinéma, je l'ai chez moi et je le regarde à tête reposée", reconnaît-il sans ambages.
Quant à Moussa Fall, lui a choisi les cybercafés pour passer son temps. En navigant, il se fait du cinéma et découvre plein d'autres choses utiles. Ainsi, le cinéma est victime de la concurrence que lui font les autres mass médias. Toutefois, pour le machiniste du cinéma Oasis qui a été parmi les premiers Africains qui ont manipulé le cinéma en 1962, il faut être optimiste. Selon lui, les héritiers de Hamam Fall sont entrain de se réunir pour sortir le cinéma de Nouakchott de sa léthargie. Ce qui ramènera les cinéphiles sur les chemins des salles obscures et chaudes qui donnent aux films une saveur unique.
Bâ Youssouf

Mode : Jusqu'où iront-elles?
Quand la mode va à l'encontre des valeurs religieuses et traditionnelles, la société a le devoir de contrôler l'infiltration des valeurs occidentales et l'entrée de sa jeunesse dans la "modernité".
Une perception, ambiguë, de la liberté et une crise identitaire qui font que, de nos jours, les filles s'habillent de manière indécente et peu respectueuse.
Même si la femme a autant de droits que l'homme, le respect de certaines valeurs s'impose. Nous sommes d'une religion et d'une culture qui exigent un comportement social en accord avec ce que nous sommes.
Les filles, par soif de liberté, par ignorance ou par influence, ne respectent plus ce comportement social. Elles veulent et croient entrer de plein pied dans la modernité par le biais de la mode. Ce qui se traduit par une adoption de tout ce qui se porte en Europe ou aux USA, de ce qui nous ait envoyé par la télévision (images de stars, tenues vestimentaires et même, idées). Il y a ce qu'on doit prendre et ce qu'on doit laisser.
Sow Abdoulaye, professeur-chercheur à l’Université de Nouakchott explique que la mode est un fait social qui se traduit par une manière de s'habiller, d'écouter et de parler. Les jeunes filles s'habillent sans aucun égard pour les valeurs culturelles et traditionnelles de leur société. Pendant le ramadan, elles vivent un conflit de personnalité par le délaissement de leurs habitudes vestimentaires et le retour aux tenues traditionnelles.
Il est très difficile de contrôler la jeunesse féminine. Parce que dans notre société, comme partout en Afrique, les adultes ne gardent pas l'œil sur les jeunes. Ceci est lié aux déterminismes socioculturels et aux préoccupations. Les jeunes et les adultes n'ont pas les mêmes préoccupations. Les filles cherchent à plaire aux garçons et les parents ne sont nullement responsables de cette attitude des filles. Parce que face à la crise économique, ils n'ont pas le temps de s'occuper de certaines choses. Seul ramener de quoi manger à la maison importe. D'autres part, certains parents n'ont simplement pas les moyens de subvenir aux besoins de leurs enfants.
Sow Abdoulaye, poursuit en expliquant qu'il n'y a pas de solution miracle. Le retour aux valeurs religieuses constitue un bouclier, face à cette mode qui fait que les filles se "déshabillent" pour sortir.
Sow Abdoulaye conclut en suggérant de rétablir notre patrimoine culturel (musical, esthétique…), en renforçant l'éducation religieuse et en mettant un pont entre la famille et l'école. Il faut aussi renforcer la surveillance sur les filles. Il faut surtout ne plus accepter, par exemple, qu'une fille qui ne travaille pas, qui est donc sans revenu fixe, puisse subvenir à ses besoins et qu'on entende sa mère se vanter en disant: "ma fille se débrouille."
Tagourla