NATION

La vignette fait rage

"Vignette n.f. (de vigne): petite étiquette portant l'estampille de l'Etat, servant à attester le paiement de certains droits, notamment de la taxe sur les automobiles." Dixit le Petit Larousse.
Créée à la fin de la seconde guerre mondiale en France pour compenser les droits des victimes de la guerre, la vignette, qui sera très vite exportée en Afrique, a cessé, depuis l'année dernière, d'être payée par les automobilistes de l'Hexagone. Un ouf de soulagement qui ne sera pas pour autant poussé en Afrique où elle permet encore aujourd'hui, à l'Etat de renflouer ses caisses.
En Mauritanie, cette taxe sur les véhicules, renouvelable chaque année, continue de sévir en toute quiétude et semble encore avoir de beaux jours devant elle. En effet, la vignette a été revue à la hausse cette année 2003, passant au double pour les catégories de zéro à onze chevaux (voir tableau). Une mesure, parmi d'autres, pour compenser le manque à gagner consécutif à la baisse de l'ITS. Or, en Mauritanie, le marché automobile se développe à grande vitesse, surtout quand on sait que les hommes d'affaires importent plus de véhicules que tout autre produit de consommation.
Il semble même que la Mauritanie est l'un des plus grands pays importateurs de voitures d'occasion dans le monde ou, du moins, l'une des plaques tournantes du trafic de véhicules. La visite que des agents d'Interpol avaient effectuée en Mauritanie en 2001, dans le cadre d'une enquête sur les véhicules volés à laquelle les douanes mauritaniennes ont considérablement participées, en dit long sur ce marché automobile. Surtout que nombre de véhicules circulant à Nouakchott et à l'intérieur du pays, portent des immatriculations trafiquées et les courses-poursuites entre les douanes et les propriétaires de certaines voitures restent un spectacle quasi-quotidien. L'on comprend mieux ainsi que la campagne pour le paiement de la vignette, entamée depuis le début du mois de janvier, est une aubaine pour renflouer les caisses de l'Etat. A Tevragh-Zeina, par exemple, les services de la perception des impôts auraient déjà réalisé un chiffre de plus de 70 millions d'ouguiyas pour le seul mois de janvier 2003. Si une moyenne de plus ou moins égale à ce chiffre est réalisée par les huit autres Moughataa, il faudrait s'attendre à la rondelette somme de 560 millions d'ouguiyas. Sans oublier qu'une majoration est imposée pour les mauvais payeurs, en plus d'une tracasserie administrative et policière bien de chez nous.
Ainsi, la campagne de la vignette, dont les recettes vont directement au Trésor public, fait rage à Nouakchott et les automobilistes, particulièrement les taximen, se donnent beaucoup de souci pour l'échapper belle devant les postes de contrôle de la police routière installés un peu partout aux quatre coins de la ville. Le plus marrant est que parfois, un automobiliste brûle la politesse au contrôle, file entre les mailles des flics ou arrive à trouver une solution à l'amiable, mais ce n'est que partie remise, car il est conduit illico presto aux fourrières par une équipe intransigeante qui se refusera à négocier le virage. Une rigueur et une vigilance qui font ravir les assureurs déjà jaloux de cette "réussite", et impatients de s'offrir une aussi rentable campagne.
Cela est d'autant plus vrai que les sociétés d'assurances avaient réussi, en septembre 2002, à doubler les prix de l'assurance, grâce à une note instructive et immédiatement effective du Ministère du Commerce qui a uniformisé les prix des assurances.
En effet, l'on se souvient que, depuis la libéralisation du marché des assurances, les prix des polices d'assurance avaient chuté de moitié. Une politique qui fît, un certain temps, le bonheur des automobilistes qui s'étaient rués vers les nouvelles sociétés d'assurance pour gagner une réduction de quelques ouguiyas de moins chez l'un ou l'autre de leurs assureurs.
Mais pas pour longtemps, car l'assurance est revenue à ses anciens barèmes. Ce qui, en ce début de 2003, ne manquera pas de permettre aux sociétés d'assurance, qui ne cessent de pousser comme des champignons, de doubler leurs chiffres d'affaires. A moins que les relations de "je t'aime, moi non plus" qu'entretiennent ces sociétés, ne fassent perdre autant de clients aux uns qu'autres, faute de se poser des lapins pour faire couler le concurrent d'à-côté et dominer le marché. Il n'est un secret pour personne que la NASR, la SAAR, TAMIN et autres SMAI, bien que promptes à encaisser les sous des automobilistes venus assurer leurs véhicules, ne s'exécutent pas aussi vite pour rembourser les dégâts causés à ces mêmes automobilistes une fois accidentés. De mémoire d'accidenté, les assureurs auraient besoin de faire une campagne de séduction avant la campagne de recouvrement.
En attendant l'annulation de la vignette, et une opération de charme de la part de nos assureurs, les automobilistes, qu'ils soient de transport commun ou personnel, continuent de jouer à l'équilibriste en payant tardivement ou nullement la vignette et en découpant en miette la police d'assurance qu'ils étalent sur l'année. Comme quoi, on a beau être forcé pour suivre le pas, mais on ne nous empêchera pas de boiter. Ah, police (de vignette, d'assurance ou routière?), quand tu nous tiens !

Nbre de chevaux : de 0 à 4 CV de 5 à 7 CV de 8 à 11 CV

Ancienne taxe : 7.200 UM/ 10.000 UM 13.200 UM

Nouvelle taxe : 10.800 UM/ 15.000 UM/ 19.800 UM

M.O. Khattat

Fonctionnaires postiers de Mauripost "licenciés"
Le calvaire dure toujours

Huit mois déjà, huit longs mois que les fonctionnaires du corps de la poste en service à Mauripost sont en chômage! Ces fonctionnaires postiers, du cadre de la poste (agents, facteurs, contrôleurs des postes et inspecteurs des postes) avaient souscrit à un départ volontaire, ouvert par leur entreprise en janvier 2002 par Circulaire n° 03 et 09 du 10 janvier 2002 et du 21 janvier 2002 suivant les conditions ci-après:
- paiement d'une prime d'incitation de 36 mois de salaires
- paiement des indemnités de licenciement
- et en dernier lieu remise à disposition de l'Etat pour prise en charge de salaires à venir.
Tout cela est clairement précisé dans les notes circulaires ci-devant citées.
Leur surprise fut énorme, quand la Direction Générale de Mauripost leur signifia par lettres individuelles à la date du 31 juillet 2002, leur licenciement.
Leurs salaires ont été coupés à partir de cette date.
Aucune faute de leur part, sinon qu'ils ont souscrit à une formule de départ volontaire ouvert par leur entreprise.
Les conditions de ce départ volontaire ont été appliquées aux contractuels qui en ont fait la demande mais non aux fonctionnaires de ce corps qui n'existe nulle part qu'à Mauripost.
Bien après la décision de leurs licenciements au 31 juillet 2002, la Direction Générale de Mauripost s'est décidée, sur ordre des hautes Autorités de l'Etat, à les payer jusqu'au 31 décembre 2002.
Mais après - le Black Out - plus rien - ni vus, ni connus.
Pas de salaires - le mois de janvier 2003 vient de s'écouler.
Pas de primes d'incitation de 36 mois de salaires.
Pas d'indemnités de licenciement.
Pas de prise en charge de leurs salaires au Ministère des Finances.
Leurs primes de retraites suspendues.
Leurs prises en charges médicales suspendues: certains parmi eux ont des maladies chroniques (Diabètes- maladies des reins qui peuvent à tout moment avoir besoins d'hémodialyses, etc.).
Les syndicats écrivent - UTM, CGTM, CLTM : rien n'y fait.
Les intéressés eux-mêmes sensibilisent par écrit toutes les autorités : Direction Générale de Mauripost - ministère de l'Intérieur, Premier ministre, ministre des Finances, etc. Rien n'y fait.
Que faire! C'est la question qu'ils se posent en permanence? Oui, que faire?
Continuer à se voir sous les arbres, dans la cour de Mauripost, comme dans le bon vieux temps. Ces Tekoussous qui se rencontrent sous les arbres de l'Inspection du Travail de Nouakchott? Ecrire aux autorités compétentes? Sensibiliser l'opinion publique? Et implorer Allah le Tout Puissant pour que leur situation trouve une solution urgente.
En attendant, ils continuent à regretter d'avoir été mis dans une pareille situation, de n'avoir pas pu contribuer au" redressement" de Mauripost - eux qui sont les postiers de formation et anciens dans la boîte (15 ans au minimum). Ils regrettent aussi de n'avoir pas pu contribuer à ce qui se fait de bon dans leur pays : campagne du livre, campagne du savoir.
Et ils regrettent certainement chaque jour encore plus de se réveiller comme d'habitude très tôt le matin et de dormir très tard, sans emploi, sans argent, sans quoi nourrir leurs familles, eux qui sont pour la plupart pères de familles nombreuses (au minimum 8 enfants à charge pour chacun et chacune d'entre eux) et que leurs enfants n'ont pas pu voir les fêtes El Fitr et El Id qui vient comme leurs semblables.
Mais ils prient Allah, encore plus fort pour que leur Calvaire trouve sa fin.

Les représentants du Collectif chargés de la Communication
- Yahya Ould Ahmed Jiddou
- Diop Hamet
- Coundio Demba